La décennie qui s’achève ne restera pas dans l’histoire comme un grand cru pour l’humanité. Marquée par la peur de l’autre, depuis le 11 septembre 2001, la folle course au profit immédiat et la régression des libertés, elle s’achève par une crise économique, écologique et sociale globale. Nous allons connaître en 2010 la pire crise économique depuis 1929, car aucune reprise n’est possible avec l’explosion prévisible du nombre de chômeurs [1]. L’échec de Copenhague, même s’il doit être relativisé, montre l’incapacité de la communauté internationale à prendre en charge l’avenir de la planète.
Pour la décennie à venir, nous n’avons qu’un voeu à formuler : entreprendre une révolution mondiale déterminée, non-violente, mais en opposition totale avec la logique dominante. Si nous ne savons pas changer radicalement, nous aurons à court terme la guerre, la dictature, le chaos, le « meilleur des mondes ».
Cette révolution doit être économique : il est indispensable de changer le coeur du système capitaliste, c’est-à-dire remettre en cause l’accumulation du profit comme moteur des échanges et de la vie sociale. Elle est également politique : Pour contenir le changement climatique, assurer un partage de l’emploi et des richesses, permettre à chacun de vivre librement dans des sociétés de droit, respecter la diversité des territoires, des cultures et des modes de vie, un autre système de régulation est nécessaire, international et national, basé sur la fin du libre échange, le respect des droits humains, la sauvegarde des biens communs de l’humanité. Nous savons que nous en sommes loin mais il n’y a pas d’autre issue. À court terme, nous n’avons pas de rapport de forces nécessaires pour imposer un changement de la logique du système. Pour autant, il serait suicidaire d’y renoncer.
Mais nous pouvons agir là où nous sommes et autour de nous. Chacun de nous a une part de responsabilité dans la façon dont il transmet l’espoir ou la résignation autour de lui. Nous voyons également autour de nous de très nombreuses actions porteuses d’alternatives [2]. Enfin nous contribuons par nos achats, choix, nos préférences à orienter la société, car nous sommes une parcelle de la société et du système que nous dénonçons [3]. Il est donc inexact de dire que nous ne pouvons rien faire.
Sans une pression très forte, aucun gouvernement ne prendra les mesures nécessaires pour Pour cela, il faut élargir le cercle des convaincus. Mais sur le plan écologique, les choses commencent à bouger sous la pression des opinions.
Chacun a sa part de responsabilité face aux transformations nécessaires, mais l’action à mener ne peut pas être la même pour celui qui est en centre-ville, et peut se passer de voiture et celui qui est contraint à s’exiler loin du centre pour pouvoir se loger. Il n’est pas le même pour celui qui peut se payer le bio est celui qui mange du Leader Price, pour l’intérimaire celui qui a un statut protecteur. Nous devons aussi raisonner en termes de classes sociales.
Tout cela repose sur un renouveau des cultures et une révolution des consciences. Vers où allons nous, avec quelle conception de la liberté humaine, de l’égalité, du lien social, du désintéressement ? Pour quoi agissons nous ? Comment redonner sa place aux désirs en contenant les envies ? Quelle conception du bonheur, de notre avenir humain ? Il est nécessaire de retrouver le sens de l’action collective et de notre existence. La clé des changements sociaux et écologiques réside aussi dans la reconstruction d’une culture commune, d’une éthique et d’une spiritualité, religieuse ou laïque, fortement enracinées dans un principe de cohérence entre nos convictions et nos actes.
Didier Minot






